Les Chats perdus, chapitre 13

 

Résumé des chapitres précédents

Dans le quartier des Pas perdus (qu’on appelle familièrement « quartier des Chats perdus »), depuis le 14 février de cette année, des fleurs sont déposées mystérieusement chez les uns ou chez les autres. Le premier, Furio Rosso, vieil italien retraité qui habite au dernier étage du 11, rue des Clartés, a découvert des lupins sur sa terrasse de style bouddhiste. Il va porter plainte, et c’est l’inspecteur Malik Fall, mis sur la touche par son supérieur hiérarchique en raison de sa lenteur et de sa rigueur obsessionnelles à mener les affaires, qui se lance dans l’enquête (chap. 1-5).

Tout l’immeuble est en effervescence. La rumeur circule d’autant plus vite que de nouveaux locataires, Éric Dupont et Ophélie Mesrine, tous deux brocanteurs, ont pendu leur crémaillère en invitant les habitants à la fête. Éric Dupont a aussi convié son ami d’enfance Anselme Frey, vulcanologue et volcanologue, qui s’apprête à partir en Indonésie. Kleptomane, il subtilise un poignard ancien. Il vient là avec sa fille Aglaé, qui fait ainsi connaissance de Lydia Brancart, la fille de la concierge, et de son amie Rosalie. Toutes deux habitent l’immeuble et décident d’enquêter sur le mystère (chap. 1-6).

Le premier lieu où chacun cherche des informations est le magasin de Sarah Madamet, l’ancienne éditrice récemment reconvertie dans les fleurs, fleurs rêvées et fleurs vendues qui lui font souvent vivre une sorte de cauchemar éveillé (chap. 7).

Le chapitre 8 révèle au lecteur qu’en fait, c’est un groupe un peu gauchiste, un peu anar sur les bords, qui agit. Plusieurs de ses membres gèrent la crèche du quartier, fondée par Sacha Prizzi, la narratrice de leur épopée. La petite bande a décidé de remercier de la sorte des personnes choisies pour la manière qu’ils ont eue de « prendre parti » dans leur vie. En « fleurissant leur vie », le groupe veut empêcher que leurs actions ne sombrent dans l’oubli le plus total. Furio Rosso a donc reçu un lupin « pour avoir participé au collectif Arseno Lupino qui avait notamment écrit un livre sur l’éducation des plus jeunes », livre qui a inspiré le projet de crèche à Sacha et ses copines. Et Adélie Brancart, la concierge, va recevoir une gueule de loup pour rendre hommage au premier squat qu’elle a créé avant de devenir concierge, et qui portait ce nom-là.

Le chapitre 9, qui se déroule du côté de Sarah Madamet, quelque part entre sa boutique et ses hantises, a laissé le lecteur sur un mystère daté du 11 mai : « Le petit cattleya landate qu’on a livré ce matin. Je suis certaine qu’il lui manque une fleur. »

Nous allons retrouver cette fleur (ou une autre ?), de la famille des orchidées, au chapitre 10. Le groupe de Sacha profite de l'absence des Dupont-Mesrine pour une action florale dans leur appartement. La cible qu’ils veulent remercier est bien un Éric Dupont – un homme de théâtre important dans la vie des parents de Sacha –, mais celui que le lecteur connaît est son fils. L’erreur découverte in extremis les oblige à annuler l'opération de façon rocambolesque. Pendant l’opération, l’un des membres, Charly, vole lui aussi un poignard… Le lendemain, en arrivant à la crèche, une orchidée et un mot les attendent... Est-ce la même ? Qui l’a déposée ? L’énigme est entière.

Pendant ce temps, l’inspecteur Malik Fall, très déprimé et ratiocinant, raconte à son assistant, Kevin Junior comment il mène son enquête, ce qu’il a compris et les hypothèses qu’il fait. Kevin Junior les raconte au commissaire, qui ne retient que l’hypothèse terroriste et décide de mettre deux ou trois autres policiers sur l’enquête.

Le chapitre 11 nous avait, d’une part, fait suivre Anselme Frey en Indonésie, toujours pris dans l’irrépressible kleptomanie qui lui fait dérober des objets contendants ; et d’autre part, comprendre que Lydia et Rosalie étaient en train d’élaborer, sur l’affaire des fleurs, des hypothèses encore plus farfelues que Malik quoique fondées sur des principes pertinents.

Le chapitre 13 rassemble les détectives amateurs et l’inspecteur professionnel…

 

 

 



Désordre dans les enquêtes

 

Barbara Kadabra

23/09/2017

 

 

Date : 25 mai 2017 à 00:59 :07 UTC+2

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Objet : Problème

 

J’ai un problème, j’aurais besoin d’un peu d’argent, est-ce que tu pourrait me dépanner? Tu peux envoyer un mandat de 1000 euros par Western Union ? je te rembource à mon retour.

 

 

Date : 25 mai 2017 à 17:47 :56 UTC+2

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Objet : Anselme

 

Chère Alicia,

 

Je suis un peu inquiet, Anselme m’a écrit qu’il a des problèmes (d’ailleurs il avait pas l’air dans son état normal). Je lui ai envoyé un mandat mais il ne m’a pas expliqué ce dont il s’agit, tu es au courant ?

Amitiés,

Éric Dupont

 

 

Date : 25 mai 2017 à 18:50 :56 UTC+2

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Objet : re : Anselme

 

Cher Éric,

 

C’est bizarre, je n’ai rien reçu. Il faut dire que Free passe à « Roundcube » et que comme son nom l’indique, ça ne marche pas. Le serveur me persécute en ce moment, je cherche des solutions sur les forums et je m’arrache les cheveux.

T’a-t-il dit quel genre de problème ? Il devait bouger pas mal dans plusieurs îles ces derniers temps, il est difficile à joindre par téléphone, normalement il rentre jeudi.

J’essaie quand-même,

Alicia

 

 

Date : 28 mai 2017 à 17 :35 :35 UTC+2

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Objet : Club des fleurs trouvées

 

Coucou roz’,

Hier j’étais chez Aglaé, son père a eu un problème, il a appelé au secours, même pas sa sœur mais monsieur Dupont ! Il ferait mieux de se méfier, un espion ne doit pas avoir d’ami. Est-ce que tu ne pourrais pas aller garder Belzebuth (c’est comme ça que ça s’écrit, en vrai), pour qu’on surveille ?

Maman est devenue très amie avec monsieur Rosso, elle ne l’appelle plus du tout « le cinglé à la rose », ils ont finalement l’air plutôt contents d’avoir reçu leurs fleurs. Pourtant, une gueule du loup, c’est bizarre, je préfère encore les pissenlits, mais maman a l’air contente.

Je me demande si toutes ces fleurs trouvées ont un sens, la tante d’Aglaé m’a expliqué que dans certains tableaux anciens, on croit que c’est un bouquet de fleurs, alors qu’en fait c’est un message caché, une sorte de rébus. Il faudrait savoir si la liste des fleurs peut donner quelque chose : rose, pivoine, lilas, lupin, crocus flavus, ancolie, gueule du loup, orchidée (ou cattleya, je ne sais pas exactement). Je suis allée voir Madame Madamet, la fleuriste, elle m’a demandé d’un drôle d’air si je m’intéressais aux fleurs. Heureusement, les adultes aiment bien qu’on leur pose des questions quand ils s’intéressent aux réponses, du coup ils oublient de s’intéresser à pourquoi on s’intéresse à la question. Or elle s’y connaît en fleurs qui ont un sens, c’est pour ça que sa boutique s’appelle « Dites-le avec ». Elle m’a montré plusieurs listes différentes de symboles de fleurs, surtout sur l’amour. Mais il y a des exceptions : les « amours en cage » (les orange avec une grosse clochette), ça peut signifier aussi « mensonge » !

Pour un message c’est plus sûr d’utiliser le nom des fleurs, comme dans les tableaux d’Alicia. Madame Madamet avait un livre sur les fleurs des champs, il y en a une qui s’appelle la « dame d’onze heures », et une autre un « cabaret des oiseaux », et une autre une « renouée à feuille de patience ». Quand on connaît les noms, on peut envoyer des messages secrets, par exemple « la dame d’onze heures (a) renouée à feuille de patience au cabaret des oiseaux ». C’est pratique, les gens croient que c’est seulement un bouquet, en fait c’est un rébus.

Comme elle a vu qu’on parlait de fleurs Alicia nous a emmenées, Aglaé et moi, à une exposition sur les Jardins au Grand Palais, et j’ai filmé une vidéo de citrouille qui lance sa tige vingt fois de suite pour s’enrouler autour d’un piquet. On dirait qu’il y a du vent, mais c’est le mouvement accéléré de la plante qui grimpe. Après c’est comme quand on voit un agneau, on n’a plus du tout envie de manger de gratin de potiron.

Bon, ta mère va encore dire que je suis bavarde,

Biz,

Lydia

 

 

Date : 29 mai 2017 16 :47 :04 UTC+2

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Objet : re : Club des Fleurs trouvées

 

Coucou Lydia,

 

Maman ne veut pas trop que je t’accompagne à la crèche, je ne sais pas pourquoi.

J’ai essayé de suivre la piste des noms des fleurs : tu as raison, « gueule du loup », c’est menaçant. Cattleya, j’ai cherché dans tous les sens : à l’envers ça ne veut rien dire non plus (aïeul-tac ?), mais il y a une anagramme parfaite, acétylât (« qu’il acétylât », verbe du premier groupe, imparfait du subjonctif, personne 3, de « acétyler », réaction chimique qui produit une modification génétique sur l’ADN). Bizarre pour une crèche, non ? J’ai demandé à maman qui m’a répondu d’un drôle d’air elle aussi que cattleya, c’est vrai, c’est un nom de code connu, mais que c’était long à expliquer et que je le saurais plus tard (de toute façon elle n’y connaît rien en botanique).

Les Dupont partent à nouveau trois jours, j’irai garder Belzébuth. La dernière fois madame Mesrine m’a remerciée et elle aussi m’a demandé si je m’intéressais aux poignards, comme son mari ! Ça ne peut pas être une coïncidence. Forcément elle sait quelque chose, comme dit maman, « avec un nom pareil ! ». (Maman n’aime pas les terroristes. Heureusement que la prof d’histoire ne l’entend pas parler, parfois...) Elle m’a dit que « Charis » ça veut dire la Grâce en grec, c’est pour ça qu’elle râle quand les gens disent « Huguette Charis » comme Huguette chat-ri, alors que ça se prononce Kariss, Charis c’est une des filles de Vulcain, le dieu des volcans.

Peut-être que dans l’équipe de la crèche ils sont de mèche avec Ophélie Mesrine, et que le morceau de rap sur Mesrine c’est un mot de passe entre eux.

Pour le père d’Aglaé, tu n’as pas lu d’autre mail ? C’est bizarre qu’il soit parti en Indonésie chercher un poignard, et que les Dupont cherchent eux aussi un poignard, mais à Paris. À moins que ce soit comme dans le Secret de la Licorne : Tintin et Haddock vont la chercher à l’autre bout du monde, alors qu’elle est cachée dans la cave de Moulinsart.

Il faut ouvrir l’œil.

Rosalie

 

*

 

*      *

 

Arrêtons de tergiverser, parlons franchement. Cela fait plusieurs mois maintenant que je rôde autour de cette décision, pourtant nécessaire, que je refuse de choisir en espérant plus ou moins secrètement que la fatalité choisirait pour moi. Je n’ai jamais eu de difficulté avec les décisions que la fatalité (le temps, le destin, le monde) prenait pour moi, cela fait partie de mes qualités, mais puisqu’il apparaît que, dans les circonstances présentes, personne n’est disposé à m’aider, il faut que j’assume mes responsabilités et que, tout de go, je déclare : « Je ne suis pas seul ».

J’avais cru qu’en me laissant aller à une déprime confuse (ou à une confusion déprimante), je pourrais esquiver la question et, qui sait ?, regagner un semblant de tranquillité mais non, la situation n’a fait qu’empirer et je me retrouve maintenant avec une enquête anti-terroriste sur les bras, la trahison de mon stagiaire et, possiblement, cinq ou six ou personnes, plus ou moins innocentes, en passe d’être arrêtées et, peut-être, peut-être, si tout cela dégénère vraiment, condamnées. Bref, soyons clairs : des interlocuteurs invisibles ne cessent de m’accompagner, je ne suis pas seul, je suis même surpeuplé.

C’est bien de vous dont je parle. Oui, vous. Ne détournez pas le regard ; si j’ai réussi à accepter la réalité, la moindre des choses est que vous fassiez l’effort, de votre côté, de consentir à en discuter. Nous pourrions bien sûr continuer à faire semblant et à considérer, comme nous l’avons fait jusqu’à présent, tous les moments de mon récit où je vous interpelle (ces questions idiotes, ces impératifs abscons) comme autant de tics littéraires sans conséquence. Mais, sérieusement, vous voyez où cela nous a menés ? Ma pulsion, maladive je veux bien le reconnaître, à raconter des histoires m’a poussé à prendre Kévin Junior comme interlocuteur alors même qu’il est, regrettable méprise, un être réel capable d’initiatives (quoique stupides) et non pas, comme vous, une figure imaginaire, complaisante et passive, issue de mon cerveau détraqué.

À ma décharge, il n’est pas très clair que la vie ne soit pas toujours déjà adressée, qu’elle puisse être autre chose que l’objet d’un récit donné en partage. Ou, disons, qu’en tout cas, cela ne m’a jamais été très clair. Un des trucs les plus courants chez moi, depuis que je suis tout petit, c’est de me représenter ma propre existence à la troisième personne, comme si quelqu’un d’autre la racontait à quelqu’un d’autre encore (par exemple, quand je partais à l’école, tout en mettant mes chaussures, je pensais un truc du genre : « Malik va à l’école »). Cette tendance m’était apparue douloureusement problématique lors de ma première rupture amoureuse : je ne pouvais m’empêcher d’anticiper le récit que j’allais tirer de cette histoire (« pendant quelques mois, il souffrit héroïquement en silence ») si bien que je ne savais plus très bien si ce qui m’arrivait était vraiment en train de m’arriver ou le drame imaginaire vécu par un autre personnage. Je me sentais comme absent à l’événement, comme déjà transporté dans un après d’autant plus incertain que mes récits pouvaient infiniment varier (« Il est très vite passé à autre chose », « Il a mis fin à ses jours », etc.). Trouver le moment (paisiblement univoque) de l’émotion présente, aussi terrassante dût-elle être, était devenu pour moi un désir ardent. Par la suite, j’ai plus ou moins réussi à utiliser la première personne du singulier, comme tout ce qui précède en atteste, mais sans jamais parvenir à résoudre le problème des temporalités, ni celui de l’adresse. Il était fatal que cela finisse par dégénérer à l’extérieur. 

En toute honnêteté, je crois qu’on est tous dans le même bain. Ce n’est que par politesse que je ne vous assène pas tout cela sous la forme de vérités générales. Car, du moment qu’on pense, on rentre dans une relation de partage et d’adresse (bref, on re-présente, on raconte). Les gens les plus normaux, et les plus narcissiques, se donnent eux-mêmes comme uniques spectateurs. Ils se représentent les choses sur un petit théâtre cérébral et bourgeois auquel n’ont le droit d’accéder que des doubles d’eux-mêmes. Les plus délirants ont invité l’univers tout entier, un public divers et chahuteur qui interpelle la scène et respecte si peu la frontière de la rampe qu’à la fin, ils ne sont plus vraiment en état de dire s’ils sont encore au théâtre ou déjà à l’extérieur, dans la rue, face à des êtres réels plutôt qu’à des personnages. Moi, je suis quelque part entre les premiers et les seconds, peut-être un peu plus proche des seconds. À ce titre, je suis à peine plus extravagant que Descartes qui, je vous le signale, a non seulement besoin de nous pour penser (« méditer »), mais aussi de Dieu et d’un démon trompeur. Je suis prêt à parier mon badge que Descartes parlait souvent tout seul. 

Mon erreur aura été d’inviter Kévin Junior à mes représentations intérieures car, non seulement je ne le contrôlais pas mais, avec lui, se sont incrustés le commissaire, Meunier et Mounier, Barel et toute la police de France. Mais chaque chose a ses avantages et ses inconvénients. L’avantage des personnes réelles, c’est qu’elles sont constamment joignables (alors que les êtres chimériques sont beaucoup moins disponibles, apparaissant au gré de nos accès de folie). Or, il fallait que je parle à Kévin Junior.

 

 

*

*   *

 

Date : 28 mai 2017 à 00:59 :07 UTC+7

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Objet : Piratage

 

Chers tous,

Ma boîte mail a été piratée, ne me venez pas en aide s’il vous plaît (à part si vous êtes costauds en informatique) c’est vrai que je suis loin (les hackers ont bien visé), mais ne vous ruinez pas, c’est une arnaque, je vais très bien, et j’espère que vous n’avez pas imaginé que je faisais des fautes de grammaire plus grosses que moi (c’est dire). À très bientôt, je rentre vendredi prochain à Paris,

Amitiés,

Anselme

 

 

Date : 29 mai 2017 19 :34 :32 UCT + 2

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Objet : demain

 

Coucou roz’,

C’est drôle, justement la tante d’Aglaé m’a montré le tableau qu’Éric Dupont a offert à Monsieur Frey le jour de la fête chez eux : ça représente Vulcain avec Flore, la déesse des fleurs. Alicia essaie de comprendre ce qu’ils font ensemble, parce que d’habitude il y a Vulcain et Vénus, ou Flore et Pomone, mais Flore et Vulcain on ne sait pas quelle histoire ça raconte. Elle nettoie le tableau qui est noirci dans un coin, pour voir ce qu’il y a dessous. Elle m’a montré comment on fait, comme si on le démaquillait avec un coton-tige. Moi j’aurais pas la patience. Elle me dit que c’est peut-être une histoire de bijoux, parce que Flore dans le tableau porte du corail, pas seulement des fleurs.

Je vais demander à maman si je peux aller garder Belzebuth avec toi, ça lui fera plus de compagnie si on est deux.

A demain bisou,

Lydia

 

 

Date : 30 mai 2017 19 :43 :32 UCT +7

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Objet : Vulcanisation et cuisine italienne

 

Monsieur,

Je vous remercie de votre conférence à PBI sur les polymères thermoplastiques. J’ai été très impressionnée par votre comparaison de la chaîne moléculaire et du plat de spaghettis. C’est vrai que c’est difficile de saisir un seul spaghetti, mais je ne savais pas que c’était des forces électrostatiques qui étaient en cause. Tirer doucement sur le spaghetti, ça marche : notez que ça dépend aussi un peu de la cuisson, et on se demande si un Français peut en parler en vrai connaisseur.

Je serais donc ravie de vous inviter à une démonstration chez moi, bien sûr ce sera des carbonara, ça vous changera un peu du Nasi goreng.

Fiorella Scipione,

DRH Petrokimia Butadiene Indonesia (PBI)

 

 

Date : 31 mai 2017 à 09 :59 :07 UTC+2

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Objet : merci

 

Cher Pompon

Je suis désolé que tu te sois ruiné pour moi ; la différence avec mon hacker, c’est que moi je vais vraiment te rembourser… Il faudra qu’on ait un code, tous les deux. Après tout ça peut nous arriver d’être en difficulté quelque part (d’ailleurs ce séjour n’a pas été complètement tranquille).

J’ai rencontré les auteurs du guide Michelin Indonésie, je corrige les pages sur les volcans, qui retardent de cinquante ans à peu près.

Pour le reste, on a visité la filiale de caoutchouc synthétique, PBI, créée en 2013. Je ne l’avais donc pas vue la dernière fois, l’activité devrait démarrer cette année. Je préférerais qu’ils se spécialisent dans les baleines de soutien-gorge ou les becs de clarinette plutôt que dans les pneus de squad et les flashballs. Il y a un marché ici, évidemment, c’est terrible. J’ai proposé qu’on postule au trophée de la transition énergétique.

J’ai rencontré deux femmes, pas des princesses balinaises, une avocate de la COP21, que moi je trouvais très sympathique mais qui manifestement n’a vu en moi qu’une sorte de Bibendum non recyclable (j’ai bien essayé de lui dire que je n’avais même pas le permis de conduire, mais ça n’a pas suffi, elle parlait de la tendance au sourcing lointain de la part des donneurs d’ordres, je n’ai pas trouvé de repartie, j’étais sous le charme), et une collègue italienne très accueillante au contraire, mais rencontrée un peu tard…

Dis à Ophélie qu’à Célèbes je n’ai pas pu vraiment chercher d’armes pour elle, il y a eu un tremblement de terre à Poso juste au moment où j’y étais, le 29 mai (6,6 sur l’échelle de Richter), ici tout le monde pense tout de suite aux tsunamis. Panique, mais pas de blessé, une chance folle. Il me reste encore deux jours, je t’appelle à mon retour, merci Pompon c’était gentil de te soucier de moi,

Anselme

 

Journal des résolutions d’Anselme.

Bizarre de noter ça, de s’inquiéter de ça, après un tremblement de terre : mais et cette fois je me souviens bien. Tout le monde partait en courant, les gens pensaient à la mort, ou aux autres, moi j’étais chez le barbier, j’ai pensé « se mettre sous un montant de porte », j’ai pensé au mot « chambranle », et à « le monde est une branloire pérenne », rien d’utile, j’étais paralysé, puis j’ai vu une magnifique paire de ciseaux, et tout à coup il n’y a plus eu de tremblement de terre, plus de peur, comme si je dormais. Je me suis retrouvé dans la rue les ciseaux à la main, en peignoir le visage plein de mousse et la serviette autour du cou, personne n’y a fait attention. Même le bégaiement, ensuite, a été mis au compte du séisme ou de ma barbe à moitié faite.

 

 

Date : 31 mai 2017 à 00:59 :07 UTC+7

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Objet : à contretemps

 

Chère Fiorella Scipione,

J’aurais été ravi d’accepter votre invitation, mais hélas je rentre en France demain.

En revanche permettez-moi de vous offrir l’autobiographie de Charles Goodyear, Gum eslastica, de 1839, certes c’est un concurrent, mais il y a prescription ! Et l’histoire de l’invention de la vulcanisation, lui désespéré et jetant par les fenêtres, dans la neige, la gomme trop cuite, qu’il retrouve parfaitement modelée le lendemain… j’adore les histoires de savants lunatiques, il vaut mieux que ses pneus.

Peut-être aurons-nous l’occasion de nous revoir au congrès annuel en Auvergne ?

Bien cordialement,

Anselme Frey

 

 

Date : 31 mai 2017 à 23 :07 :45 UTC+2

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Objet : Problème

 

Cher Anselme,

Éric m’a raconté sa mésaventure, je ne suis pas fâchée d’avoir été sauvée de la ruine par mon propre problème Free ; j’ai perdu deux jours et pleuré toute seule de rage contre l’informatique, je passe ma vie sur les forums internet, mon serveur m’envoie des ultimatums qui me rendent folle.

Je me suis occupée d’Empédocle, que j’ai retrouvé une nouvelle fois dans la plante verte. Ophélie, la femme de Dupont (elle m’intimidait un peu au début) avait chez elle un aquarium spécial, on l’a installé sur le balcon avec sa petite famille (que comptes-tu faire des centaines à venir ?) Comme je ne voulais pas m’attirer tes foudres en mettant un tas d’absurdités non scientifiques dans la tête d’Aglaé, j’ai répondu à ses questions par la mythologie, en lui montrant l’escargot qui rampe sur le cadre de l’Annonciation de Cossa.

Qu’est-ce que tu dirais de devenir vulcanologue, volcanologue, et conchyliologue ? Ca étofferait ta carte de visite, une troisième rime en -ogue !

 

 

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