Abécédaire

 

 
Vadrouille n° 1
 
 


Virginie Huguenin

16/06/2018

 

 

Il existe un royaume des mots trompeurs dont on a oublié de m’enseigner le sens premier (mais l’est-il vraiment ?). Y règnent en maîtres la faconde et le sagouin qui, dans mon esprit, troque désormais son groin pour les moustaches hirsutes d’un petit singe moqueur. Ensemble, ils sourient à la vadrouille. En ouvrant un dictionnaire, je découvre avec stupeur la signification de ce terme que j’emploie à tout-va pour parler à ma grand-mère injoignable au téléphone et pour qui je m’inquiète : « Mamie, où t’es encore allée vadrouiller ? Rappelle-moi s’il te plaît », ai-je pour habitude de lui laisser comme message.

Sauf que…

Probablement formé sur le régionalisme lyonnais « drouille », qui signifie « vieilles hardes », préfixé du mot « va » qui, en lyonnais, renforce le sens d'un mot, « vadrouille » désigne d’abord « un balai fait de vieux morceaux de cordages fixés au bout d'un manche, utilisé pour le nettoyage du pont d'un navire », nous dit le Trésor de la Langue Française. Par analogie, dans un emploi populaire et vieilli, « vadrouille » a le sens de « femme de mauvaise vie ». Quand elle renvoie au sens de « promenade », les auteurs des siècles derniers en font curieusement une promenade crapuleuse voire dépravée. Des nippes usées au balai à franges jusqu’à la prostituée, la vadrouille est-elle toujours synonyme de saleté ou de corruption ?

Du mot vadrouille, je préfère largement le sens qui s’est imposé à mon esprit et qui est, je crois, celui qu’on lui prête aujourd’hui : la vadrouille est avant tout une promenade sans but, une flânerie qui n’est pas forcément en quête de débauche …

Et quand bien même ?

« Ben oui ma petite-fille, j’étais en vadrouille, qu’est-ce que tu veux ! »

 

 

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