Saynète n° 108

 

 

« […] C’était un homme, un homme comme vous et moi ; et un soir d’automne que j’imagine humide et sombre comme celui-ci, en traversant une forêt, il est tombé sur un nœud de serpents. Il l’a regardé de plus près, et il s’est aperçu que les serpents n’étaient que deux, mais très longs et très gros : un mâle et une femelle – on voit que Tirésias était un remarquable observateur, parce que je ne sais vraiment pas comment on peut distinguer un python mâle d’une femelle, surtout le soir et s’ils sont emmêlés au point qu’on ne voit pas où l’un commence et où l’autre finit –, un mâle et une femelle qui faisaient l’amour. Alors Tirésias, soit qu’il fût scandalisé, ou envieux, ou simplement parce que ces deux-là lui barraient le chemin, Tirésias avait pris un bâton et en avait donné un coup dans le tas : bon, il avait entendu comme un grand remue-ménage et, d’homme qu’il était, s’était retrouvé femme. »

Faussone, que toute notion d’origine humaniste met en joie, m’a dit en ricanant qu’une fois, et même pas tellement loin de la Grèce, en Turquie, dans un bois, il était tombé lui aussi sur un nœud de serpents : mais il n’y en avait pas que deux, ils étaient beaucoup, et ce n’étaient pas des pythons, mais des couleuvres. On aurait vraiment dit qu’elles faisaient l’amour, à leur manière, tout emmêlées, mais il n’avait rien contre et il les avait laissées tranquilles : « Mais, maintenant que je connais le truc, la prochaine fois que ça m’arrive je vais peut-être bien essayer aussi ».

Primo Levi, La clé à molette [1978], in Œuvres, édition présentée par Catherine Coquio, Paris, Robert Laffont, 2005, pp. 504-505.

 

Transitions

07/03/2020

 

Chaque mois, un même texte sera commenté par au moins deux auteurs. Nous mettrons en ligne le texte à commenter un mois avant la publication de ces saynètes jumelles (ou triplées, quadruplées, etc.) afin de susciter de l’émulation ! Si quelqu’un désire écrire une saynète à partir de ce texte, qu’il n’hésite donc pas à se manifester. L’idée est que le dialogue puisse se poursuivre, sous une forme ou une autre, après la publication de ces saynètes.

Le mois prochain, Guido Furci et d'autres - commenteront ce texte de Primo Levi. N’hésitez pas à vous joindre à eux !

Votre commentaire ne doit pas dépasser 5000 signes (espaces non compris).

Le texte doit nous arriver au plus tard le 21 mars prochain. 

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