Religieux / Littéraire

M. Ecoeur
M. Faugère
T. Pocquet

13/01/2016

 

Religieux/littéraire. Sans chercher véritablement à définir le littéraire, ou le religieux, ou à découper des corpus de textes littéraires, religieux, ou les deux à la fois, nous aimerions ici ouvrir un espace d’interrogation sur ce qui se passe au moment de la réception des textes auxquels on a pu associer les deux adjectifs et sur les effets de lecture que créent ces deux catégorisations. En mettant à distance une approche purement thématique ou historique de la place du religieux dans les textes littéraires, nous aimerions nous concentrer sur les dynamiques qui se créent au moment de la lecture et du partage de ces textes, sur les liens et les réceptions qui se mettent alors en place, et cela plus spécialement dans le domaine de la recherche et de l’enseignement, c’est-à-dire lorsqu’une lecture doit être partagée et partageable dans un contexte savant et dans un contexte pédagogique.

A partir de cela, quatre questions principales doivent à nos yeux être soulevées.

(I) La première tient évidemment de la consubstantialité de ces qualifications dans un même corpus : des textes religieux sont étudiés, enseignés, en tant que textes littéraires ; autrement dit, il s’agit d’interroger la littérarité du texte religieux, ou plutôt de sa littérarisation comprise comme effet de lecture, individuelle ou collective.

(II) Cela implique également de prendre en compte la lecture qui en est faite. On pourrait se demander en quoi les différentes approches et méthodes d’étude des textes majorent ou minorent ses caractéristiques religieuses, et cela qu’il s’agisse d’influences relativement évidentes et lointaines comme par exemple la méthode de l’exégèse appliquée à des textes non sacrés, ou de théories encore actives aujourd’hui dans les études littéraires : est-ce que l’approche structuraliste des textes a amené à minorer les caractéristiques religieuses des textes littéraires ? Qu’en est-il du néo-historicisme ou du recours à la rhétorique ?

(III) Dans la continuité de cette perspective, centrée sur la réception, nous aimerions prendre en compte ce qu’implique pour un chercheur l’étude d’un texte à caractère religieux, en commençant par nous concentrer sur le type d’étude privilégié et la méthodologie suivie. On se demandera également quelle est l’attitude des différents chercheurs vis-à-vis de ce trait du texte et ce que cela implique dans leurs études : comment cette caractéristique du texte change-t-elle l’approche du chercheur ? Quel lien émotionnel ou idéologique les lie à leur objet d’étude ? Comment traiter, le cas échéant, le désaccord profond ou l’intérêt particulier ? Le chercheur, croyant, aborde-t-il différemment les textes ? Nous pourrions alors comparer l’étude du texte littéraire à caractère religieux avec l’étude historique des faits religieux : s’agit-il du même questionnement ? Le texte littéraire touche-t-il différemment le chercheur [1] ?

(IV) Enfin, il semble essentiel de s’interroger spécifiquement sur les rapports entre « religieux » et « littéraire » dans l’enseignement du français et de la littérature, et ce pour différentes raisons. Du point de vue de la lecture des textes, il faut noter que le contexte pédagogique fait aujourd’hui partie des rares cadres où un texte est ouvertement présenté comme l’objet d’une lecture et d’une conversation collective hors du contexte académique. Par ailleurs, des raisons plus contextuelles nous poussent à nous poser ces questions : alors que des consignes sur l’étude du fait religieux sont énoncées[2] et témoignent d’une attention certaine à ces enjeux dans l’enseignement secondaire, ce sujet est identifié et isolé comme problématique dans le contexte actuel. [3] S’agit-il de faire des éléments religieux un élément de contexte parmi d’autres dans cette discussion ? Faut-il et peut-on ignorer les questions que cela engendre pour des élèves ou des étudiants parfois croyants eux-mêmes ? Comment considérer les réactions que l’enseignement de certaines connaissances religieuses nécessaires pour la compréhension des textes  peut provoquer, du côté des élèves/étudiants comme du côté de l’enseignant ? L’assimilation du fait religieux à un élément culturel parmi d’autres parvient-elle à répondre à ces questions ? Comment pourrait-on faire évoluer les pratiques d’enseignement de la littérature à ce sujet ? En lien avec la réflexion menée par Hélène Merlin-Kajman[4] et l’équipe de Transitions, on aimerait notamment se demander ce que serait un enseignement « transitionnel » de la littérature et de ce type de texte et le type de questions qu’il peut soulever.



Vous pouvez nous adresser vos textes jusqu’au premier septembre 2016 (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). Ce dossier fera par ailleurs l’objet d’un travail spécifique de Transitions sous la forme de discussions. Ces réunions sont ouvertes à tous et à toutes, merci de nous écrire pour plus d’informations.





[1] On pourrait semble-t-il se poser le même type de questions à propos de l’œuvre d’art, du cinéma ou de la musique.

[2] Le fait religieux est défini comme « un des éléments de compréhension de notre patrimoine culturel et du monde contemporain » sur Eduscol le portail du ministère de l’éducation nationale à destination des enseignants. (http://eduscol.education.fr/cid46675/enseignement-laique-des-faits-religieux.html, page consultée le 9 novembre 2015)

[3] Il faudrait sans doute discuter des enjeux de cette identification et de ses justifications mais elle est avérée et relayée par des journalistes, des chercheurs, des enseignants, que cela soit sous l’angle du fait religieux ou de la laïcité dans les contenus d’enseignement.

[4] Voir le livre d’Hélène Merlin-Kajman Lire dans la gueule du loup. Essai sur une zone à défendre, la littérature, Paris, Gallimard, « NRF Essais », 2016

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