Adage n°34.2.

 

Comparaison n'est pas raison
 
 

Hélène Merlin-Kajman

02/04/2022

Bien sûr que comparaison n’est pas raison – et tout ce qui se ressemble ne s’assemble pas. Je songe à ce rapprochement délicieux, effectué par je ne sais plus qui je ne sais plus quand (disons il y a très longtemps – il suffirait que je tende le bras dans ma bibliothèque pour trouver quand : mais tant pis pour l’érudition), entre une noix et un cerveau humain : donc les noix sont bonnes pour les maux de tête. J’adore. Il y a des sujets plus graves : « La langue est fasciste » - après tout, c’est une comparaison que faisait Barthes.

Une comparaison, ou le dégagement d’une structure ?

A partir de cette question, tout vacille. Comparaison, analogie, homologie, paradigme, série, exemple d’une loi, etc. Comment raisonner sans rapprocher – donc comparer ? Comment fait-on des expériences, comment a-t-on de l’expérience ? Si je me suis brûlée une fois en versant de l’eau avec cette bouilloire dont le couvercle fermait mal et dont l’anse passait au-dessus, (violent jet de vapeur sur les doigts), je ne ferai pas seulement attention à cette bouilloire, mais je l’intégrerai dans une classe d’objets et d’actions susceptibles de me brûler, me mettre en danger, brûler quelqu’un d’autre (et la comparaison étend l’expérience indéfiniment, jusqu’à ce qu’une nouvelle expérience, une nouvelle comparaison, un nouveau raisonnement, l’arrêtent). De l’enfance où l’on apprend en imitant, à l’enfance où l’on commence à prendre des initiatives, que fait-on d’autre que différencier des comparaisons ?

Cet adage est donc trop large. Il ne vaut que comme objection ponctuelle. Il rend prudent, il accompagne, il balise. Au passage il révèle l’une des fonctions des adages – la meilleure : ils ne prescrivent pas ; ils tempèrent nos passions, nos agitations.

Sagesse accumulée de l’expérience. Comparaison n’est pas raison : ça ralentit le rythme, empêche la précipitation, la joie brouillonne, le couperet, la prophétie facile, suspend l’envie, etc. Rien de plus. Il faudra s’y reprendre à deux, trois, dix fois : je compare – attention – comment... ? Je reprends, je recommence. Je compare à nouveau. Viennent des différences. Petite avancée : j’ai dégagé quelque chose. Allez, je compare avec autre chose. Cela se précise, sans se stabiliser définitivement...

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