Adage n°25.2.

 

Chat échaudé craint l'eau froide
 
 

Hélène Merlin-Kajman

08/05/2021

 

Je suis très vite brouillée avec les syntagmes figés. Ils se défigent à toute vitesse. Les mots se remettent à vivre une vie indépendante, indisciplinée. Ils se déchaînent, en somme.

Cela donne une grande insécurité à ma parole. J’ai beau le savoir, depuis le temps que j’en fais l’expérience, je me laisse régulièrement surprendre. J’amorce la phrase, sûre de ma mémoire : « Ils s’entendent comme larrons en... » A cet endroit, le doute me saisit : mais voilà qu’« en chemise » se présente à moi. Je me noie.

A l’âge que j’ai, je peux en rire, et en faire rire. Quand j’étais jeune, cela me terrifiait. Je faisais facilement des cuirs – et mon visage me cuisait.

Alors, cet adage-ci : un vrai cauchemar. Il produit un court-circuit dans mes neurones. Chat échaudé craint l’eau… chaude… Chaude, évidemment ! Pourquoi donc craindrait-il l’eau froide ? Qu’est-ce qu’elle vient faire dans cette histoire ?

Parfois, je combine un « Chat mouillé craint l’eau froide », bien plus vraisemblable : mais le rythme raté de l’adage me ramène à l’évidence de mon erreur. « Chat refroidi… ? » La fricative suivi de sa liquide et ce « i » intempestif me signalent que ça ne va pas mieux malgré le gain logique. Bref, cet adage ne m’est d’aucune utilité, quoiqu’il décrive assez bien mon attitude tétanisée devant les expressions figées.

Oui, mais il me décrit en quelque sorte sans que j’y sois

Adage sans moi, qui m’encercle de griffes de chats, de poils hérissés, d’yeux brillants dans le noir…

Brûlée ou glacée, je ne fais plus la différence...

 

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