Adage n°25.1.

 

Chat échaudé craint l'eau froide
 
 

Augustin Leroy

08/05/2021

 

Plait-il ? « Echaudé ? » Connais pas. Un dictionnaire ? Pas envie.

Que fait-on, alors ?

Je rêve les significations possibles qui me viennent d’un énoncé aux sonorités très semblables aux sensations qu’il provoque. Les chuintantes me réchauffent, les gutturales me refroidissent.

Au milieu, la peur.

Mais je triche un peu. Dans le proverbe égyptien cher à Ramon Raminagrobis, « Mistigri bouilli craint l’eau congelée », je retrouverais aussi l’opposition entre froid et chaud mais les sons n’y sont pour rien. Ce n’est pas qu’une affaire de sonorité mais plutôt d’une forme-sens où le signifié et le signifiant s’agencent et se prolongent. La chaleur du mot « échaudé » me plait, quoique un fâcheux m’apprendra peut-être qu’il s’agit d’une pratique de torture inventée par l’Inquisition.

La peur, elle, demeure crissante.

Je pense aux comptines pour enfants, si pleines de connotations sexuelles, tragiques, souvent cruelles (« une souris verte... » ; « il court, il court, le furet... »). Quel inhumain s’amuserait à ébouillanter un chat, voire un petit chaton, pour l’aller jeter dans l’eau froide ? Plus encore : les chats n’aiment pas se baigner dans l’eau. Avant même de mettre en pratique un cruel oxymore, il faut déjà en vouloir au félin pour lui faire prendre l’eau.

Une métaphore ? Si vous le dites… C’est toujours le dernier recours, très rentable.

Entendu sur France Culture, hier, à propos du calendrier proposé par le gouvernement pour déconfiner la France, rouvrir les terrasses, retrouver la chaleur d’une table conviviale – sans parler des cinémas, théâtre, concerts : « humain échaudé craint l’eau froide ».

D’accord. Métaphoriquement, cela doit vouloir dire que mettre l’ambiance à telle ou telle température, élevée, chaude et rassurante, augmente la peur (la revoilà, si résistante à toute métaphorisation) de la douche froide.

Mais au fond, métaphore ou non, le problème reste le même : les chats ont peur de l’eau. Alors, deux possibilités me paraissent envisageables : lui apprendre à tâter l’eau, du bout du museau, pour prendre la température, s’y habituer, et ainsi, calmer le potentiel de frayeur générée par l’absence de transition.

Ou alors, ne pas avoir de chat et n’avoir jamais peur.

J’ai pris mon parti.

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