Lise Forment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Février 2019

 

 

 

Agitations ? Jubilation !

 

Au fil des commandes organisant nos livraisons – au gré des hasards qui les gouvernent parfois tout autant –, des relations se nouent entre les textes que nous publions. Des questions communes surgissent, les contours de nouveaux dossiers se dessinent, bien au-delà des rubriques sous lesquelles tel ou tel fragment, tel ou tel article, tel ou tel compte rendu apparaissent. Confusion ? Agitations ? Jubilation !

La définition d’Islam par Hélène Merlin-Kajman résonne lointainement avec les questions épineuses qu’avaient ouvertes en 2017 le dossier Religieux / Littéraire et que nous relancerons au printemps lors d’une séance consacrée à la séquence d’enseignement de Virginie Huguenin, « Qui est le monstre ? ».

Cela fait déjà deux automnes qu’un autre fil, évoqué par Brice Tabeling dans la lettre précédente, relie autour de la représentation des violences sexuelles et des inégalités de genre plusieurs saynètes et articles de Transitions. Plutôt que des prolongements, les « fragments » que nous publions ce mois-ci forment de nouveaux nœuds, étoffent une trame dont la bigarrure peut surprendre : les deux définitions d’« Hymen » proposées par Michèle Rosellini et Hélène Merlin-Kajman sont comme les deux faces d’une même « arnaque » dont on peut sourire ou pleurer – dont il faut peut-être savoir sourire, mais avec gravité ; par les nouvelles nuances de son exergue, André Bayrou pousse ses lecteurs de février à remettre sur le métier sa saynète de janvier et à entendre dans La Princesse de Montpensier l’idéal toujours balbutié de l’amour des chevaliers. Il était une fois, donc, un poème de Chénier, imité de Théocrite, puis un drame bourgeois, La Mère coupable, auxquels sont venus s’entremêler une nouvelle historique et galante – celle de Lafayette –, et même le modèle courtois tout entier, et encore la traduction d’un tout petit mot grec… Les genres littéraires et les échelles de réflexion ont varié, mais une question est demeurée, un mouvement a insisté : toujours considérer, en toute responsabilité, le partage littéraire qu’on privilégie et l’effet qu’un texte commenté ménage ou suscite dans sa manière d’articuler pour nous les temps présents, passés et futurs.

Que l’historicité particulière des textes littéraires ait à voir avec la position éthique de leurs passeurs, c’est l’hypothèse à l’origine du numéro que Brice Tabeling et moi préparons pour la revue Fabula / LHT ; ce sera aussi l’objet de notre prochaine séance de séminaire, le samedi 16 février. Car c’est justement en ce lieu de la réflexion que nous entraîne la suggestion lancée comme une invite, comme une provocation (mais une provocation toute civile), par Katherine Ibbett et Jan Miernowski dans le texte collectif « La charnière entre le XVIe et le XVIIe siècle » : et si la périodisation était un objet transitionnel ? et si cette vieille pratique, souvent remise en question, pouvait participer par le bougé des contextes choisis à un bon dispositif de transmission ? Il n’est pas impossible de lire ainsi les interventions d'Andrea Frisch, Pauline Goul, Helena Skorovsky, Isabelle Pantin, Toby Wikström et Hélène Merlin-Kajman. Ce geste n’est pas sans rapport avec le cadre moins savant de nos saynètes, comme le montrent tout particulièrement les dernières saynètes d’Augustin Leroy (sur une lettre de Mallarmé) et de Boris Verberk (sur un passage du Grand Meaulnes). Pas de périodisation ici, mais un souci de se glisser avec audace et délicatesse dans le tempo des textes, dans le tempo de leurs pensées et de leurs mots…  

 
 
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