Hélène Merlin-Kajman

 


03 octobre 2020

 

 

Devenir minoritaire et transitionnalité

Contrairement à l’adage de ce mois, « Le pire n’est pas toujours certain », que je commente, rien ne semble plus éloigné de notre présent que le sonnet de Pasolini auquel les écritures respectives de François Ardeven, Guido Furci et Augustin Leroy donnent un relief saisissant. A eux trois, ils dessinent de façon enthousiasmante comment on peut faire droit à un texte dans la différence la plus grande, mais sans le scénario agonistique du « conflit des interprétations » : car, quoique chacun parle de façon fondée, aucun ne prétend tenir la vérité sur le texte, et aucun n’écarte non plus ce que le sonnet de Pasolini (« obscur » ? « difficile » ? Lisez, vous comprendrez la question…) lui fait.

Nous publions aussi cette semaine la première « conversation critique » : c’est un texte célèbre de Deleuze et Guattari et une réflexion d’Augustin Leroy qui inaugurent notre séminaire de cette année, « Lectures minoritaires, lectures majoritaires : où en sommes-nous ? », dont la première séance aura lieu vendredi 9 octobre de 18h à 21h Salle Max Milner (Sorbonne). Masquée, évidemment… Nous verrons comment organiser un pot…

Je ne me risquerai pas à évaluer si le sonnet de Pasolini « est » minoritaire, ou si ce sont plutôt les commentaires qui le rendent tel, selon la suggestion d’Augustin Leroy dans sa magnifique « conversation critique ». Mais si j’applique le concept de « minoritaire » à notre pratique des adages, il me semble que voilà typiquement un objet discursif a priori majoritaire, mais qu’en le déplaçant, en le faisant jouer, en attirant son énonciation massive du côté de nos questions (les plus diverses), nous l’embarquons dans un devenir-minoritaire, et que dans ces expériences d’écriture, le minoritaire et le transitionnel se rejoignent nettement.

Cela fait maintenant neuf ans que le site de Transitions existe. Autant que nos réflexions théoriques, nos débats non résolus d’un côté, nos écritures fragmentaires de l’autre, font vivre la potentialité transitionnelle de la littérature et de la culture. Non pas dans l’harmonie (cela n’aurait aucun sens), mais en refusant de nous laisser attirer sur la pente, si omniprésente aujourd’hui toutes couleurs politiques confondues, de l’invective et du coup de poing. Le langage de la grossièreté est longtemps passé pour minoritaire. Aujourd’hui, il est clair qu’il ne l’est plus (s’il l’a jamais été).

H. M.-K.

Prochaine saynète : un extrait de Robinson Crusoë de Daniel Defoe.

Prochain adage  : « Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse ».

Prochaine conversation critique : un texte de Donna Haraway.

 

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