Saynète n° 106

 

 

LE LOUP. Tu penses beaucoup à ta grand-mère ?

LA PETITE FILLE. Oui beaucoup, beaucoup trop même je crois, ça me rend triste de savoir qu’elle est beaucoup trop toute seule, c’est triste d’être trop tout seul dans la vie.

LE LOUP. Est-ce que tu serais contente si je venais aussi la voir avec toi ?

LA PETITE FILLE. Oh oui je crois, elle n’attend personne d’autre que moi aujourd’hui mais cela lui ferait aussi plaisir je crois que tu m’accompagnes. Est-ce que tu es trop tout seul toi aussi des fois ?

LE LOUP. Oui des fois.

LA PETITE FILLE. On pourra tous manger finalement un peu de mon flan si tu viens. Est-ce que tu as un peu faim ?

LE LOUP. Oui un peu c’est vrai, ce n’est pas facile de manger tous les jours quelque chose qui fasse vraiment plaisir à l’intérieur.

LA PETITE FILLE. Moi je mange tous les jours des choses qui me font un peu plaisir à l’intérieur.

LE LOUP. Tu as de la chance.

LA PETITE FILLE. Oui car ma maman me donne à manger tous les jours.

LE LOUP. C’est bien je t’envie de manger tous les jours quelque chose que tu aimes toi.

LA PETITE FILLE. Viens avec moi alors, tu n’as qu’à me suivre et je vais t’amener directement dans la maison de ma grand-mère où tu pourras manger un peu quelque chose avec moi et ma grand-mère si tu veux, quelque chose je l’espère que tu aimeras bien.

LE LOUP. Oui je veux, je veux bien alors.

LA PETITE FILLE. Ce sera bien.

LE LOUP. Est-ce que tu sais qu’il y a deux chemins pour te rendre à la maison de ta grand-mère ?

LA PETITE FILLE. Ah bon ?!!!

LE LOUP. Oui.

LA PETITE FILLE. Tu sais toi aussi où elle habite ma grand-mère ?

LE LOUP. Oui, bien sûr, on peut y aller soit par le petit chemin qui continue sous les grands arbres ou bien y aller par le grand chemin qui passe par la route où il y a plein de petites fleurs qui poussent en ce moment sur le bord.

LA PETITE FILLE. Moi je connais mieux le grand chemin qui passe par la route où il y a plein de petites fleurs qui poussent sur le bord.

LE LOUP. On pourrait s’amuser à faire un petit jeu alors, toi tu irais chez ta grand-mère par l’un des deux chemins et moi par l’autre, et à la fin on verrait bien quel est le premier de nous deux qui arrive avant l’autre, est-ce que tu es d’accord ?

LA PETITE FILLE. Oui, je veux bien si tu veux.

Joël Pommerat, Le Petit Chaperon rouge, Arles, Actes Sud, 2014, p. 23-25

 

Transitions

04/01/2020

 

Chaque mois, un même texte sera commenté par au moins deux auteurs. Nous mettrons en ligne le texte à commenter un mois avant la publication de ces saynètes jumelles (ou triplées, quadruplées, etc.) afin de susciter de l’émulation ! Si quelqu’un désire écrire une saynète à partir de ce texte, qu’il n’hésite donc pas à se manifester. L’idée est que le dialogue puisse se poursuivre, sous une forme ou une autre, après la publication de ces saynètes.

Le mois prochain, Virginie Huguenin et Michèle Rosellini - peut-être d'autres - commenteront ce texte de Joël Pommerat. N’hésitez pas à vous joindre à elles !

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