Exergue n° 86

 

          « The art of losing isn't hard to master ;
          so many things seem filled with the intent
          to be lost that their loss is no disaster. »

          « Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître ;
          tant de choses semblent si pleines d'envie
          d'être perdues que leur perte n'est pas un désastre. » 

Elizabeth Bishop, « One Art », in The Complete Poems 1926-1979,
traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard.

 
 


Tiphaine Pocquet

29/06/2013

 

Ce qui se perd dans ma vie : les clés, les codes, les moyens de retrouver les codes, les passeports (à l'étranger), tout ce qui ressemble à un papier important. Les dates d'histoire de France, les prénoms du passé, la mémoire. Le temps, l'argent, les routes et les chemins. La confiance (parfois), l'envie, l'espérance (jamais). Certains que j'aime, certains qui m'aiment. La vie enfin mais c'est par là qu'on la sauve,  paraît-il.

Car demeure cet espoir fou qu'un jour ce qui a été perdu sera retrouvé. En attendant il faut rester sur la brèche, maintenir la perte grande ouverte et s'y enfoncer sans tragique. Faire de la perte un art, pour obtenir le titre, ayons l'audace, master of disaster.

Aurons-nous l'oreille du berger pour entendre ce fond d'oubli et de disparition sur lequel s'inscrit toute parole ?

Dire la perte, l'aimer peut-être car seul est éternel ce qui est perdu.