Adage n°9.1

 

 
En voyage, le trajet le plus long à franchir est la porte
 
 


Hélène Merlin-Kajman

04/04/2020

L’adage résonne de façon ironique, aujourd’hui où nous ne voyageons plus.

Avant et après aujourd’hui (au moins je l’espère, même si on ne sait guère quand se réalisera cet après), il évoque la grande cohorte de ceux qui remettent tout au lendemain.

J’en fais partie.

Or mon ironie à moi, c’est que, confinée, ma phobie porte précisément et littéralement sur la porte.

Je voudrais bien sortir un peu pour me promener.

C’est facile. La promenade figure sur les motifs de sortie autorisée.

Mais il faut donc commencer par remplir une attestation.

Je fais partie des gens qui repoussent toujours à plus tard les démarches administratives.

Je remets au lendemain les papiers à remplir (que d’argent perdu avec ça : majoration des amendes, des factures, remboursements dus non perçus…).

*

L’adage, aujourd’hui littéral pour moi, dit bien à quel point sont futiles les tergiversations.

Futiles et énormes.

Il dit la nature de l’angoisse.

Elle déforme l’espace.

Elle déforme les formes.

*

Pendant ce temps qui se déforme les ambulances passent.

Elles roulent vite. La sirène aussi.

Pour celui ou celle qu’elles transportent, des portes vont s’ouvrir, tant de portes.

*

Je voudrais bien sortir un peu me promener sans penser à toutes ces portes.

La dernière viendra un jour, elle ne demandera rien, elle ne tergiversera pas…

*

La vie serait-elle ce « trajet le plus long » ?

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