Adage n°15.2.

 

L'occasion est chauve
 
 

Hélène Merlin-Kajman

10/05/2020

 

Je croyais savoir qu’il fallait prendre la fortune par les cheveux. Mais que peut-on faire si l’occasion est chauve ?

J’ai choisi cet adage sans réfléchir, pour des raisons sans doute purement anagrammatiques : l’occasion chauve a fait surgir dans mon esprit le coronavirus. Oui, il n’y a en gros que le h de la chuintante qui soit en trop.

Mais à ces raisons quasi visuelles (et obsédantes), se sont ajoutées obscurément tout un tas d’associations désordonnées.

Les cheveux qui tombent : on peut les perdre brutalement après un stress. On les perd aussi lors d’une chimiothérapie : mais alors ils repousseront, et l’on guérira ou l’on aura une rémission.

Avec le confinement, paf, on a vu d’un coup tous les cheveux tombés. Oui, « tombés » et pas « tomber ». L’épreuve qui nous est dégringolée dessus dénonce toutes les occasions ratées. Nous les connaissons, même si, devant une énumération, nous commencerions à nous disputer. Mais je ne veux pas qu’un adage se transforme en tribune politique. Il s’agit, dans cet exercice, de rester sur le seuil. Là où la politique est - déjà, encore ? - de la morale. Alors, comme ça, elle pourrait constituer une occasion.

Mais où la saisir ? Je vois briller un crâne. Et je tremble. Il n’y a rien pour saisir.

A la vérité, mon livre d’adages rapporte ce proverbe au vers d’un distique de Caton : L’occasion a le front couvert de cheveux et la nuque chauve : « l’occasion personnifiée n’aurait des cheveux que sur le dessus du front, de façon à pouvoir être saisie par devant et à interdire à quiconque de la saisir quand elle est passée », commente l’auteur de mon livre, Renzo Tosi.

Je comprends mieux la réduction française de l’adage de la fortune, même si elle est plutôt pessimiste, même si elle ne nous aide pas beaucoup à voir la houppe de devant à la Tintin. Comment se saisir de ce qu’on ne voit pas ? Mais en raisonnant un peu (enfin, en rêvassant un peu), on doit comprendre que la calvitie d’un crâne est rarement totale. Il y a bien encore des cheveux quelque part. Pas beaucoup, mais ça suffit. Et tant pis s’ils sont derrière, c’est mieux que rien.

Maintenant que le crâne est vraiment chauve, en un sens, ces cheveux qui restent, et qui sont les plus importants, on les voit mieux.

Bien sûr, en les saisissant, il ne faudra pas les arracher. Ni se battre ensemble pour savoir lequel s’en saisira le premier… Ni… etc.

*

Stop. A suivre.

*

Dans ma famille, les hommes sont chauves, et je les aime.

 

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