Adage n°14.1.

 

 
Une hirondelle ne fait pas le printemps
 
 


Hélène Merlin-Kajman

03/05/2020

 

Cet adage faisait partie des adages que prononçait ma mère.

Un jour, nous apprendrons que nous ne savions pas faire la différence entre une hirondelle et un martinet.

Nous avons essayé : le martinet est plus gros, plus noir, il a les ailes comme ci et pas comme ça, c’est un champion du vol plané alors que l’hirondelle agitée vole dans tous les sens…

Oui, mais ils volent souvent ensemble… Ils nichent aux mêmes endroits et leurs nids se ressemblent…

En fin de compte, un seul détail était fiable, mais terriblement décevant : si on voyait une-hirondelle-ou-un-martinet posé, c’était une hirondelle, pas un martinet, qui ne se pose quasiment jamais…

Il n’empêche. « Espèce de grande hirondelle qui a la gorge et le ventre blanc, et le dos noir », nous dit le Furetière à propos du martinet, dont Wikipedia précise aujourd’hui que c’est une espèce d’apodidé (et que l’hirondelle est un passereau). En fait, à moins de science ornithologique, partout on parle d’hirondelle plutôt que de martinet. De ce dernier (c’est injuste !), on n’a pas besoin pour rêver. Ni pour un adage.

A Paris du reste, où pouvions-nous bien voir des hirondelles (ou des martinets ) ? Elles apparaissaient pour nous avec les grandes vacances, une fois le printemps plus qu’installé.

Ma mère ne s’intéressait pas beaucoup au sens moral des adages. Pour elle, celui-ci n’était pas très différent de l’adage « En avril ne te découvre pas d’un fil ». Elle prenait ça au pied de la lettre et en tirait des conséquences pratiques. Ici, c’étaient les mêmes, en vérité. Mais les conditions en étaient beaucoup moins faciles à vérifier que le précédent.

Contrairement à ma mère, j’aime beaucoup le sens moral des adages. Mais aujourd’hui, devant les courbes, les chiffres, les évaluations en tout genre, discutés dans des échanges scientifiques, politiques, sanitaires, internationaux, combien un tel signe paraît dérisoire ! Lequel de ces indices fébrilement interrogés chaque matin pourrait-il bien se prêter à l’allégorie de l’hirondelle, alors que ceux qui maîtrisent cette cartographie si complexe, de leur propre aveu, n’en savent rien ?

Bizarrement, me vient à l’esprit l’expression « oiseau de malheur ». Dans mon imaginaire actuel un peu sinistre, une seule hirondelle covidée a bien suffi à défaire le printemps (à moins que l’épidémie n’ait commencé par plusieurs cas simultanés ?).

En essayant d’écarter l’image de celles qui vont encore mourir, de celles qui vont encore souffrir, j’essaie d’imaginer les hirondelles qui pourraient inverser le mouvement. Et l’unique conclusion en forme d’espérance à laquelle j’arrive est que, forcément, elles doivent déjà être arrivées.

Un souffle printanier entre par ma fenêtre.

Sur le web, j’ai appris qu’un martinet avait pu voler six mois sans se poser…

Les hirondelles arriveront-elles avec des masques de martinets ?

 

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