Adage n°12.1.

 

 
En avril, ne te découvre pas d’un fil
 
 


Hélène Merlin-Kajman

27/04/2020

 

C’est fou comme c’est plastique, un adage. On dirait une petite lumière clignotante venue du fond des âges que les très vieux morts du passé, empilés les uns sur les autres, nous adresseraient plus ou moins tendrement, plus ou moins ironiquement en faisant de grands signes de reconnaissance, auxquels on répondrait : « oui, oui, on vous a vus, on se connecte. Mais vous aussi, vous allez être bien attrapés ! »…

Sans repartir si loin, ma mère prononçait celui-là chaque fois que la température printanière du mois d’avril risquait de nous faire sortir vêtus trop légèrement. Il ne s’agit pas d’attraper un rhume, disait-elle en nous couvrant comme des esquimaux pour parer à la fraicheur du fond de l’air. Non, pas question d’attraper un de ces petits rhumes causés par d’innocents coronavirus dont nous ignorions évidemment tout, et d’abord le nom, ce nom qui deviendrait mondialement célèbre en quelques mois fulgurants du début de l’an 2020.

Ma mère aimait beaucoup les adages qui commentaient la météo, le climat ou le cycle de la nature. Par exemple, je sais depuis toujours qu’« à la sainte-Catherine tout bois prend racine » alors que nous n’avions aucune maison de famille, aucune résidence campagnarde où planter des arbres, des arbustes, ou simplement des boutures de tout et de n’importe quoi. Ou, nettement plus vérifiable jusque dans notre situation citadine : « Noël au balcon, Pâques au tison ». Vu les bouleversements climatiques, celui-là mérite sûrement d’être remisé au magasin des accessoires...

Mais qui sait ? Les adages se révèlent tellement plastiques ! Ils se déforment comme un reflet de lumière oscillant sur l’eau, imprévisible, grossissant vers le sens littéral d’un côté, vers la métaphore de l’autre, et voilà que le sens clapote, ou bien qu’il se déplace en titubant un peu comme un ivrogne…

« En avril, ne te découvre pas d’un masque, en avril ne te déconfine pas d’un fil… »

*

Mais il me revient soudain qu’il y avait une suite à l’adage de ma mère : « En mai, fais ce qu’il te plaît »…

*

Dans les adages un caillou jeté fait des ronds,

Brisant la lueur qui jouait à se déformer.

Le calendrier n’est plus une boule de cristal.

Le mois de mai tousse, malade du mois d’avril.

Il guérira…

Mais comment, et avec qui ?

 

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