Adage n°1.3.

 

 
La nuit tous les chats sont gris
 
 


David Moucaud

01/02/2020

 

L’adage est précis, l’adagio patient. L’un ni l’autre ne pèsent, et pourtant tous deux posent. Après eux tout reste à dire et pourtant tout est dit, si bien qu’obscurcir leur clarté serait, au fond, caradagesque. Baroque. Gourmand. Pour adagio de cette série d’adages, était offert un grand classique ; un sommet de la pensée sauvage ; un apogée gourmand de présuppositions, qui, précisément, se dévoile, se gravit, se goûte en contours et en ombres. La nuit, ce dit-on, tous les chats sont gris.

Une évidente intermittence rabattrait, le soir venu, matous unis et bichromes félins, sur une zone neutre – lugubre et terne, la zone grise – d’une palette de nuit. Ni sombre angoisse, ni frêle lueur. Mais de quoi ces chats, enfin, seraient-ils la postiche moustache : que diable ne distingue-t-on plus, à moitié fondu au noir ?

La glose du fond des âges – du fond de l’adage – paraît bientôt délétère : elle dénie toute possible confiance et renferme un prudent quant-à-soi, sitôt passée l’heure des apparences certaines, du net et sans bavure. Quand le soleil a poudroyé, ou dans ces brumes de la forêt d’Ardenne, rien n’est plus sûr. Or c’est bien l’inquiétant, l’intemporel paradoxe : passés la peur des chats noirs et le regret du chat blanc, l’évidence dissertant au comptoir établit en abolissant la couleur une égalité pour le pire. Les textes voient discrètement s’allumer, dans ce chien-et-loup, le seuil de tout soulas, quand la brumeuse sagesse des nations y perd tout confort et réveille ses craintes.

N’est-ce pourtant pas dans la pâleur limpide des entre-deux que l’essentiel se discerne enfin, dans l’ombre que les silhouettes reprennent leur vraie couleur – égale et sans faux-éclat ?

      La nuit grisait d’être féline
On s’adonnait partout à mille et un blasphèmes
     L’ennui qu’on défrise câline
     L’attente qui mène à Cythère
Et félines seront nos grisailles nocturnes
Car tous nos entrechats y sont couleur de pluie

Sans réserve nous adhérons au bel adage, espérant après l’oublieux mystère d’une confusion confiante…

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