Adage n°2.5.

 

 
Les chiens aboient, la caravane passe
 
 


Gérard Genette

01/02/2019

 

Quel a été votre rapport au « post-structuralisme », à la déconstruction derridienne, à la psychanalyse, etc., qui ont peu à peu occupé le devant de la scène théorique ?

Mon rapport personnel à la psychanalyse était, et est encore, d’indifférence et d’évitement, et celui de mes compagnons n’interférait guère avec notre entreprise commune. L’œuvre de Derrida, telle qu’elle commençait à se développer, était pour nous une réalité latérale (je ne dis pas « marginale »), dont le rapport à ladite entreprise comportait des points d’entente et d’autres de désaccord, ou de malentendu, ce qui n’appelait qu’une relation tout amicale de bon voisinage. Quant à la notion attrape-tout de « post-structuralisme », je n’ai jamais perçu sa pertinence ; elle me semble mêler, sinon confondre, des attitudes de pensée sans grande parenté entre elles, si ce n’est dans le fait purement chronologique de venir après la brève période de « mode » structuraliste, comme le très hétérogène « post-impressionnisme » est venu après la mode de l’impressionnisme. Quant à la nuance dépréciative que comporte le « post », je ne m’en soucie pas trop. Comme disait Barthes dans sa période militante, « les chiens aboient, la caravane passe » - les chiens aussi, d’ailleurs.

Vincent Kaufmann, « Entretiens [Gérard Genette] », dans La Faute à Mallarmé. L’aventure de la théorie littéraire, Paris, Seuil, 2011, p. 238.

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