Abécédaire

 
 Casse-tête n° 1
 
 


Paloma Blanchet-Hidalgo

08/11/2014

1.

Attribut d’Héraclès et, plus largement, du pouvoir souverain, massue de bois ou de pierre, le casse-tête est lié à la force primitive. Les guerriers sauvages l’emploient pour contrer l’ennemi, ou dominer l’ami.

2.

A. Tel bruit nous brise le crâne, telle situation nous semble une énigme, un dédale, un oracle sibyllin ; nous les qualifions volontiers de casse-tête.

B. Problèmes mathématiques, trictrac, jig-saw puzzle ; nous aimons pourtant ces jeux de patience et de rigueur qui, dans leur dimension agonistique, savent solliciter en nous l’adresse du combat singulier.

C. P. ext. Lutte et vertige, le casse-tête est à lui seul un monde dans lequel il convient de trouver sa place. Le morcellement en est la figure ; il traduit l’intuition borgésienne qu’il y a autant de fragments que de discours, et que les différentes pièces, fussent-elles découpées dans un même carré de bois, dit tangram, ne s’emboîtent pas les unes dans les autres pour former un monde qui les inclurait toutes.

1 + 2 x ABC.

Lewis Carroll lui-même, tout entier voué aux enchantements de la logique, cherchait dans l’art du casse-tête une arme contre les sophistes et les pédants péremptoires.

Car le casse-tête est cette force d’érosion qui met en crise l’assise du discours et ramène tout effort de compréhension aux joies du paradoxe. Manié par le combattant sauvage ou par le logicien d’Oxford, il est l’arme, l’anti-monstre par excellence.

Rem. Le casse-tête devient monstre à son tour lorsque, par-delà toute logique, il tend au sens commun ses miroirs déformants.

   

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